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Scan 286
L'art du luthier, 1903
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1de la brune, de la blanche, de la rouge ; de la colophane à la térébenthine de Venise, au goudron de Norwège, au mastic en larmes, à la sandaraque, voire même au vinaigre (1) !
3N’allez pas croire que c’en est fini ; voici le cortège des épithètes plus ou moins séduisantes : colophane chinoise (J.-B. Vuillaume, 1843) ; colophane solo ; colophane à la Sivori, à la Paganini ; colophane Opéra. Voici maintenant la colophane « évitant le sifflement des cordes » ; la colophane spéciale au violon, à l’alto, au violoncelle ; celle d’hiver et celle d’été ; la colophane parfumée aux essences les plus variées. Que sais-je encore ?
5Quant à la forme de ce modeste mais si utile morceau de résine, que n’a-t-on pas inventé depuis le classique petit cube ou bâton de dix centimes, recouvert d’une légère bande de papier, jusqu’aux nouvelles boîtes allemandes à ressort, d’où l’on fait surgir automatiquement la colophane comme un diable d’un coffret ? Formes ronde, cubique, allongée avec des enveloppes de carton, de bois, de métal, toutes naturellement aussi recommandables que brevetées.
7Je ne veux pourtant pas trop condamner toutes ces ingéniosités. Il ne faut pas se plaindre qu’on cherche parfois à donner un aspect agréable aux choses utiles : dulce utili.
9Mais comme il y a loin de tous ces raffinements au légendaire mais combien fruste bloc de résine collé au beau milieu de la table du foyer de l’ancien Opéra, sur lequel chaque artiste venait consciencieusement frotter son archet après avoir signé la feuille de présence et avant de monter à l’orchestre !
11La matière première. — Recettes
13La colophane employée pour les instruments à archet a pour base la gemme (2) du pin maritime. Cette gemme, qui forme des stalactites le long des pins, par suite de l’évaporation de l’huile essentielle qu’elle contient, se nomme galipot. Dans le commerce, on nomme colophane la même résine recueillie fluide, mais dont on a extrait, par distillation, l’essence de térébenthine.
15La térébenthine, dite de Venise, employée quelquefois pour la colophane, n’est que la gemme du mélèze (Larix europaea), purifiée par fusion suivie de décantation et de filtration. On se sert aussi quelquefois, pour
17(1) Voir le Manuel du Luthier (Encyclopédie Roret), page 138.
19(2) On donne le nom de gemmes aux résines de conifères exsudées par des fissures naturelles ou par les incisions qu’on pratique dans le tronc de ces arbres.
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