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Scan 306
L'art du luthier, 1903
13 lines. Read by computer on 29 September 2026. Printed page 283. See the scan on archive.org.
1QUELQUES CONSIDÉRATIONS.
3Piano 1840 ……………………………………… 60 grammes.
4Grand piano à queue actuel……….. 120 —
6Je garantis l'exactitude de ces chiffres.
7On voit par ce tableau, que pour exécuter les premières mesures du duo de violoncelle et piano de Mendelssohn, où il y a, dans le grave, trois notes à chaque main, l'artiste est obligé de vaincre une résistance qui, en compte rond, donne une moyenne de 720 grammes par accord, et il y en a six par mesure de 6/8 dans un mouvement vif.
8C'est fort, très fort ! Et le violoncelliste qui exécute ce morceau-là a beau avoir un Stradivarius, il est absolument éteint; plus il appuie, plus sa sonorité devient mate et on est tout surpris du peu d'effet que produit un si beau morceau. La cause en est évidemment dans la disproportion de sonorité des deux instruments.
9Je me souviens d'avoir été, il y a quelques années, invité à une soirée dans laquelle on devait faire entendre un piano américain qu'on annonçait comme une merveille. L'instrument était immense, il était blindé, son sommier était en bronze, je crois; il avait un resonator perfectionné, d'une grande puissance; ses cordes étaient des câbles; l'instrument avait, en outre, une belle décoration en couleur : il était superbe!
10Au programme de la soirée figurait un des deux inévitables trios de Mendelssohn que devaient jouer Maurin, un violoniste de la plus haute valeur, Kettenn, le pianiste, et moi.
11Pour mettre en valeur l'instrument monstre à la foudroyante sonorité, on avait, sans doute, prié le pianiste de faire entendre l'instrument seul. A peine assis, en effet, Kettenn commença un prélude superbe où les modulations se succédaient en arpèges merveilleuses, en gammes ascendantes et descendantes, en accords tonitruants.
12Pendant que notre confrère faisait valoir son léviathan, Maurin et moi étions à la recherche d'une contenance. Un mélange d'étonnement et de mécontentement se lisait certainement sur nos traits bouleversés, quand deux accords bien plaqués nous annoncèrent la fin de tout ce bruit. Maurin, comme pour répondre au beau prélude provocateur du pianiste, se met à en attaquer un de sa façon et des plus excentriques. C'était une suite de gammes vertigineuses, de staccati insensés, de sons harmoniques impossibles, comme pouvait seul lui en fournir son merveilleux mécanisme, qu'il termina brusquement par une cadence invraisemblable. Puis, se tournant vers moi, il me fit comprendre d'un coup d'œil que je n'avais qu'à faire comme lui.
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