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Scan 305
L'art du luthier, 1903
16 lines. Read by computer on 29 September 2026. Printed page 282. See the scan on archive.org.
1On a tout tenté depuis cinquante ans pour améliorer certaines notes et surtout pour renforcer le son, car c'est vers ce but qu'ont tendu tous les efforts : mettre le violon ou ses congénères en situation de lutter avec la puissance croissante et absorbante du piano. Ce dernier instrument a pris de telles proportions depuis un demi-siècle, que la lutte devient impossible et qu'une sonate exécutée par un habile violoniste ou violoncelliste, en compagnie d'un pianiste pédaleur (ne pas confondre avec pédaliste), ressemble au combat du ciron avec l'éléphant et procure un malaise véritable à l'auditoire témoin de cette lutte inégale.
3Ce malaise tourne au supplice quand on a affaire à un pianiste ne modérant pas ses moyens d'action, voulant briller et écraser sans pitié son malheureux partenaire.
5C'est là ce qui a tué en partie la musique de chambre ; c'est aussi cette nécessité de la lutte contre le stentor, potentat aux 100 marteaux et aux 250 cordes, qui a stimulé les luthiers et les a forcés à sortir des proportions indiquées par leurs devanciers. En est-il résulté un seul progrès, une seule amélioration ? Non ! Le but cherché n'a pas été atteint.
7Les facteurs d'instruments à cordes ont, pour augmenter le son, donné plus de renversement aux manches de leurs instruments, de façon à avoir un angle de cordes plus aigu et obtenir un plus grand ébranlement de la table. Leur peine a été inutile et je me propose de revenir sur ce point très délicat de la lutherie en démontrant avec des chiffres que cette tentative était d'avance vouée à l'insuccès.
9Que peuvent ces petites modifications, ces petits moyens contre la force matérielle, la puissance sonore que développe un piano à queue grand modèle de concert à resonator, le couvercle relevé à 45 degrés, de manière à renvoyer toute sa sonorité dans une salle de concert ? Que peuvent, dis-je, un violoniste, un altiste ou un violoncelliste aux prises avec un pareil rival ? Mais aussi que deviennent les charmantes compositions des Scarlatti, Couperin, Rameau, d'Anglebert, etc., etc. ? Ce que l'on a gagné en puissance, on l'a perdu en charme et, au lieu de captiver son auditoire, on l'énerve et on l'étourdit par tant de bruit.
11J'ai eu la curiosité de rechercher la progression d'efforts que les pianistes ont suivie depuis un siècle pour abaisser et faire parler une touche de leur instrument. Voici les résultats que j'ai trouvés :
13Epinette Louis XIV………………… 25 grammes.
14Clavecin à 3 rangs de sautereaux….. 40 —
15Piano 1790…………………………… 45 —
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