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Scan 311

L'art du luthier, 1903

12 lines. Read by computer on 28 September 2026. Printed page 288. See the scan on archive.org.

1procurer le malheureux alto. C’était à qui ne voudrait pas le jouer ; l’un prétendait que ça dérangeait la main, qu’il n’était pas familiarisé avec la clef ; un autre que le manche était trop gros. C’eut été bien autre chose s’il avait fallu faire jouer du ténor en s’adressant à un violoncelliste qui, lui, aurait trouvé que c’était trop petit. Pour obvier à cette difficulté, on imagina, vers la fin du xviiiie siècle, un instrument auquel on donna le nom de baryton. C’était en réalité un violoncelle auquel on avait ajouté une chanterelle montée en ré et non en mi, comme l’ont avancé certains auteurs mal renseignés (1)
3Aujourd’hui que le Conservatoire a pourvu tous les orchestres d’excellents artistes, tous bons musiciens, tous comprenant, en raison de leurs études sérieuses, l’espace vide qu’il s’agirait de combler par l’instrument tout désigné, nous pouvons espérer voir la disgrâce de dame routine. Ce sont les compositeurs, seuls investis de l’autorité nécessaire pour atteindre ce but, qui devraient reprendre la tentative de Dubois (de Gonesse), cet artiste de valeur méconnu qui a essayé de rétablir le ténor. Ils seraient frappés, j’en suis sûr, de l’effet saisissant d’ampleur que produirait à leur orchestre le rétablissement d’un timbre qui compléterait la famille des instruments à cordes et qui existait autrefois. On peut voir encore dans quelques musées et de rares collections particulières des spécimens authentiques de cet instrument que l’on serait tenté de confondre avec des violoncelles construits pour des enfants (2).
5C’est à l’autorité du génie de Meyerbeer que nous devons l’introduction de l’orgue à tuyaux dans l’opéra de Robert le Diable et de la clarinette basse dans les Huguenots ; c’est à Ambroise Thomas que nous devons le saxophone dans Hamlet ; c’est à Massenet que nous devons le sarrusophone dans Esclarmonde ; c’est enfin à Saint-Saëns que nous sommes redevables, dans sa 3e symphonie en ut mineur, de cette association géniale de l’orchestre, dont il a augmenté l’étendue grave par l’adjonction d’une clarinette basse, d’un contre-basson et d’un tuba, avec l’orgue et le piano.
7Ce grand compositeur, ce grand organiste possède en effet la parfaite
9(1) Voir ce que j’ai dit du baryton à la page 29.
11(2) Certaines collections renferment en outre des estampes très curieuses, ainsi que de vieilles œuvres italiennes écrites avec parties de ténor. J’ai eu la bonne fortune d’admirer une de ces dernières dans la fort belle bibliothèque musicale de M. Victor Lasserré, un amateur de talent doublé d’un collectionneur : Sinfonie et concerti a cinque due violini, alto, tenore, violoncello et basso, da Tomaso ALBINONI, musico di violino dilettanti. Veneto (opera seconda). — À Amsterdam, chez Etienne Royer, marchand libraire.

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