Bow & Bridge Violin and bow makers, as the old books printed them

Scan 22

Dictionnaire des luthiers anciens et modernes, critique et documentaire — Tome additif (supplement), 1929

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1trument de lutherie bien conditionné, fait de bois choisis, datant d’un siècle environ, s’il a été traité avec égards, doit donner, à cet âge, un rendement complet. Poursuivons notre comparaison. Il en est du palais émoussé ou sans délicatesse qui ne peut goûter les différents bouquets des vins, comme de l’oreille insensible aux subtilités de la sonorité. Certes, il n’est pas donné à tout le monde de percevoir les différents timbres, certains professionnels musiciens sont parfois eux-mêmes privés de ce don.
3Le timbre, qui est l’essence même de la qualité du son, est perceptible avant tout par l’exécutant, du fait de son contact direct avec l’instrument ; indépendamment de cette facilité d’appréciation, la perception du timbre peut dépendre d’un don naturel ou être acquise par l’entraînement du sens auditif.
5Nous pourrions dire aussi que la couleur du vernis, la patine obtenue par l’usage et le temps peuvent être l’objet d’une même finesse d’appréciation dépendant de l’acuité du sens visuel sensible du sujet qui sait apprécier cette délicatesse, élément de beauté.
7Ce que nous pouvons en tous cas confirmer, et ce qui est établi depuis long-temps, c’est ce fait que les violons ou violoncelles anciens ou modernes, italiens, français ou allemands ont leur timbre particulier. Nous ajouterons même qu’il existe une certaine affinité de caractère entre les instruments et leur pays d’origine.
9De toute façon, l’auditeur, professionnel ou non, se laissera généralement séduire par le volume et l’éclat. Les qualités de finesse s’atténuent à distance, ainsi que s’atténuent les imperfections et bruits parasites de l’instrument dont la sonorité n’est pas « faite » ou « dépouillée » pour employer un terme plus propre.
11Pour nous résumer sur cette question du choix d’un instrument, trois cas sont à considérer. Joue-t-on pour son plaisir personnel, pour le plaisir d’autrui ou bien pour les deux réunis ?
13Dans le premier cas, l’instrument ancien, de sonorité moyenne comme volume, mais d’excellente qualité remplira les meilleures conditions. Dans le second cas, l’artiste qui joue uniquement pour être entendu de loin pourra choisir, indistinctement entre les modernes ou anciens, le violon ou violoncelle à la sonorité éclatante, bien que dépourvue d’agrément pour lui-même.
15Dans le troisième cas, celui qui intéresse la majeure partie des joueurs artistes ou amateurs, il faut trouver réunies dans l’instrument : sonorité, volume, timbre, portée du son, joints à la beauté de la facture — il ne faut pas perdre de vue que le côté esthétique joue un rôle aussi important que la sonorité aux yeux de la plupart des instrumentistes, — en un mot, l’instrument donnant toute satisfaction au joueur, à l’auditeur et à l’amateur de lutherie ; toutes ces conditions se rencontrent dans les meilleurs ouvrages des maîtres anciens et italiens avant tous autres.
17Conçoit-on F. Kreisler jouant un concerto de Mozart ou celui de Beethoven avec un violon neuf ?
19On peut se nourrir de mets ordinaires, cependant les palais raffinés ne recherchent-ils pas les plus délicats !

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