Scan 54
Les luthiers italiens aux XVIIe et XVIIIe siècles, 1869
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1ment soutenir le parallèle. Ils voient à peine le jour que la dédaigneuse nature les abandonne aux outrages du temps, qui mord sur leur physique et plus encore sur le moral comme sur le lustre des étoffes, et n’est à leur égard que destructeur. Quelque bien facturés qu’on les suppose, ils sont au sortir du métier tout ce qu’ils peuvent être. L’enfance est pour eux l’âge de la perfection; et l’adolescence celui de la décrépitude : plus ils s’avancent dans la vie, plus ils s’usent et dégénèrent. Leurs sons se rident, leur brillant s’efface, leur force tombe, leur voix s’anéantit. Le Violon, au contraire, quand il est parfaitement organisé par l’homme, est au même instant adopté par la nature. Il forme avec les autres membres de sa famille une caste privilégiée qui jouit privativement de ses bonnes grâces. Sans cesse il se fait, se polit, s’améliore; sans cesse il acquiert un son plus soyeux, plus lisse, plus sentimental, plus onctueux, selon que l’archet le tient plus en haleine et prend à tâche de le façonner. Si chez lui la quantité reste la même, la qualité augmente de jour en jour, d’année en année, de siècle en siècle, et nous ignorons encore jusqu’à quel point de fini elle peut atteindre avant de décliner. En un mot il gagne à vieillir autant et plus que les autres y perdent, et son perpétuel accroissement est telle-
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